Colloque Musiques modales incarnées et environnements
28-30 mai 2026
Saint-Guilhem-le-Désert
La modalité se comprend comme un parcours sonore – monodique ou polyphonique – modelé par les gestes vocaux et instrumentaux, eux-mêmes déterminés par l’acoustique, l’espace et les environnements dans lesquels ils s’inscrivent. La mélodie y apparaît comme un fluide vibrant, structuré par des zones de contact entre les degrés modaux et par l’empreinte corporelle de l’interprète. Le corps, envisagé dans ses dimensions de corporalité (biologique) et de corporéité (existentielle), devient un opérateur central pour comprendre les tensions, repos et dynamiques internes du mode.
Les traditions modales – médiévales, byzantines, arabes, indiennes, corses ou flamenca… – reposent sur une transmission incarnée fondée sur la mémoire gestuelle, l’écoute mimétique et l’inscription sensorielle du modèle sonore ; elles constituent ainsi des « civilisations du geste » (Jousse), où la mémoire est rythmique, musculaire et
acoustique plutôt que graphique. Recentrer l’analyse sur ces corps musiquants engage à repenser la place du geste, du souffle, de l’ison ou du bourdon comme matrices vibratoires d’un agir musical situé. Cette approche critique met en lumière le caractère historiquement construit de la dissociation occidentale entre partition et performance, et les formes d’injustice épistémique qui en ont résulté à l’égard des traditions orales, longtemps jugées incomplètes faute d’écriture.
En articulant anthropologie du corps, cognition incarnée et recherche-création, le colloque interroge les savoirs modaux comme savoirs incarnés, produits dans la relation
dynamique entre interprète, instrument, milieu et environnement sonore. Il propose d’examiner les expériences corporelles et situées qui fondent la transmission,
la fabrique instrumentale, l’écoute et la performance, et de redéployer la modalité comme une manière d’être-au-monde, avant d’être un simple système intervallique.